Note de création sur les Monotypes, Les yeux fermés pour voir (Juin 2020)
Le confinement est tombé lors de mon séjour en résidence d'artiste à Saint-Rémy de Provence. Un matin, isolé à l'atelier, j'ai trouvé sous une ancienne presse des planches de linogravure. Ayant jusqu’alors très peu de connaissances sur le procédé d’impression d’un monotype, je me suis mis à expérimenter ce dispositif de manière autonome. La contrainte physique du confinement s’est alors transformée en un désir de création.
J'ai taillé la plaque en une figure rectangulaire arrondie. Pendant deux mois, chaque jour, je me suis installé devant cette même plaque. Sa surface lisse est pour moi à la fois un miroir introspectif et un écran de fantasme. Je commence souvent par appliquer l'encre de gravure sur la plaque d'une manière brute, avec les doigts ou les pinceaux. Ensuite je l'étale avec un rouleau. À chaque passage de rouleau, l'encre bouge et se mélange sensiblement à la surface. Les nuances émergent sous le rouleau comme on regarderait à travers les yeux clos des couleurs flottant sur la rétine. C'est bien cette texture fragile à la fois physique et presque impalpable que je cherche à représenter.
Un paysage perdu, un souvenir imaginé, une couleur pure ou un rayon éphémère sont devenus flous avec le temps mais limpides dans mon cœur. Si un monotype est abouti, il nécessite des moments où l'obsession s'accorde avec la sensation instantanée, de même que le hasard s'associe avec la maîtrise. Pendant le confinement, ces monotypes ont été mes repères d'existence et des mirages d'espérance.