Kaï Chun Chang

Biography En / Fr
Texts
Publications
Solo Exhibition 


2026    The Buried and the Emerged

2025    Art Brussels Solo presentation
                  Galerie Romero Paprocki, Brussels

2024     From Air to Earth  (D’air à Terre)
                  Galerie Romero Paprocki, Paris

2024    ECC PROJECTS #Kai-Chun Chang 
                  ECC, Chieri Torino, Italy

2023    Neither Storm nor Sunshine
                  Yiri Art, Taipei 

2022    Eclipse of the room
                 Poush Manifesto, Paris

2018    What Left in the Meanwhile
                 Galerie l'Inlassable, Paris 

2017     My Mirror Your Window
                 Beaux-arts de Paris (DNSAP)

 

Group Exhibition (institution)


2026     De Leurs Temps  -
                    Trienniale des collectionneurs français

                   Musée MAC Marseille,
                  (supporte by SAJ Collection)

2016     The Night of Museum
                  Musée de la chasse et de la nature, Paris


Group Exhibition (selection)


2026     Geste(s), trace(s) et respiration(s)
                   Le Clézio Gallery, Paris
2026     Tag Nacht, in conversation with
                   of  Günther Förg (SAJ Collection)
                   Galerie Romero Paprocki, Paris
2025    Correspendance
                  Le studio 17, Paris
2024     Night Stroll
                   Galerie Elsa & Mathilde, Paris 
2024     Mountain Friends
                   Fred&Ferry Gallery, Antwerps 
2023     73e Festival Jeune Création
                   Espace Niemeyer, Paris 
2023     Out From Paris (Absent de Paris)
                   Cité Internationale des Arts, Paris 
2023     Yellow Nap (Sieste jaune)
                   Galerie Romero Paprocki, Paris 
2023     Streched Filament
                   Pal Project, Paris 
2022     Hot Paper
                   Galerie l'inlassable, Paris 
2020     A Pale View of Hills
                   Yiri Art, Taipei



Mark

What Left in the Meanwhile (Ce qui reste entre temps)
Galerie l'Inlassable, Paris

2018   























Text of exhibition (fr)

Ce qui reste entre temps

Texte : Zélie Nguyen


Bergson reconnaissait un artiste à sa capacité à voir la réalité nue et sans voile. La langue, ses mots, emprisonnent les objets dans leur forme visible, usuelle et ordinaire. Le langage de Kai-Chun Chang, ses yeux, savent s’abstraire des conventions et saisir les strates et les nuances qui donnent aux choses leur consistance. Il se risque à un tête-à-tête avec soi pour voir. L’artiste arpente l’espace nébuleux de son paysage mental et récupère çà et là des signes, dont sa main disperse les traces sur la toile.

Il ne laisse que peu d’éléments perturber les étendues colorées qui se déploient sur ses toiles : sa peinture est épurée, pour laisser à la teinte l’espace de se révéler pleinement. Puisqu’il est toujours davantage question de couleur que de forme, les limites s’effritent et deviennent poreuses.

Le tableau ne suffit pas toujours à contenir la couleur, qui vient se répandre dans les marges que l’artiste aménage dans ses peintures, comprises dans la peinture et pourtant toujours au bord. Il arrive que la marge et le tableau se confondent totalement. Entre deux tableaux, on aperçoit le mur sur lequel ils sont accrochés. Celui-ci ne tend plus à disparaître, mais s’intègre à la composition picturale, qu’il vient ponctuer de respirations. Ces peintures contiennent certaines zones de couleur qui semblent avoir été découpées ou prélevées : elles sont les mystérieux échantillons d’un événement pictural secret.

La couleur cherche des endroits où se loger dans les tableaux. Lorsqu’elle délaisse les marges, elle se faufile et va se cacher derrière des couches de peinture transparente. Parfois, elle ouvre des brèches qui soulignent davantage le contraste entre les surfaces plus ou moins miroitantes, texturées, ou lisses et glissantes à force de ponçage.

Commence alors un dialogue muet où le tableau devient le théâtre des relations qui se tissent au sein de la matière picturale. Les subtils rapports d’éclat et d’opacité donnent corps à des phénomènes d’ordinaire imperceptibles, comme les légers mouvements de la circulation de la lumière. Ramenés à la surface, ces phénomènes provoquent une confusion des sens qui rend audible le tressaillement des couleurs et palpable l’éclat de la lumière.

La matière picturale se libère de son poids, jamais de sa densité. Elle est vibrante, toujours à la surface et pourtant enfouie au loin ; elle irradie dans un ultime vacillement. Le geste disparaît peu à peu, non pour masquer son hésitation ni pour exprimer sa pudeur : il n’inscrit ni marques ni morsures, mais libère une surface nue où les indices se déposent en silence. Les sous-couches s’accumulent sans confusion, ne mentent pas, mais font progressivement émerger ce qui compte.

La quête de l’harmonie, au moment de l’exécution de sa peinture, est une négociation silencieuse pour rendre l’air visible. Il apprivoise la surface de la toile, appréhende la matérialité délicate de cette peau pour y laisser entrer une lumière diffuse. C’est un travail minutieux et précis, comme une caresse, qui dévoile un lieu dans l’étendue épidermique de la toile.

Le titre qu’il donna à son exposition de diplôme, « Mon miroir, ta fenêtre », est très représentatif de son travail. Dans sa langue et à ses yeux, ses tableaux sont des miroirs ; pour nous autres, ce sont des fenêtres. Les tableaux de Kai-Chun Chang sont des lieux de refuge, où l’on entre avec les yeux et dont la beauté console. Ils proviennent d’une émotion inouïe qui, dans sa générosité, s’offre aux regards et les envoûte. 



Mark